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Dossier : Le mandat de vente immobilier : contenu, durée, honoraires et résiliation

Propriétaires & vendeurs

Durée d’un mandat exclusif : 3 mois irrévocables, 12 mois maximum ?

« Un mandat exclusif, c’est trois mois, renouvelable jusqu’à douze au maximum. » La phrase est répétée dans presque toutes les agences de France. Elle est pourtant fausse sur son point le plus connu : aucun texte applicable à la vente ne plafonne un mandat à douze mois. Voici ce que la loi impose réellement, et ce que le vendeur a intérêt à négocier.

Par Jules Bouilhol, fondateur de MonMandat Publié le 13 septembre 2026 12 min de lecture
Un vendeur et un agent immobilier relisent ensemble la clause de durée d’un mandat exclusif de vente posé sur une table

Non, la loi ne limite pas un mandat exclusif de vente à douze mois. Aucune disposition de la loi Hoguet, de son décret d’application ni du code civil ne fixe de durée maximale à un mandat de vente immobilier. Le fameux plafond de douze mois est un usage professionnel, largement répandu et souvent raisonnable, mais ce n’est pas une règle de droit — et il est utile de le savoir avant de négocier.

Ce que la loi impose est ailleurs, et c’est nettement plus contraignant qu’un plafond : le mandat doit comporter une durée déterminée, à peine de nullité ; l’exclusivité ne produit ses effets les plus rigides que pendant trois mois ; et la reconduction tacite est encadrée par une obligation d’information dont le non-respect libère le vendeur gratuitement. Ces trois mécanismes décident, bien plus que la durée affichée en première page, de ce que vous pourrez faire si la vente traîne.

Infographie : les cinq règles de durée d’un mandat exclusif de vente — durée déterminée obligatoire, 3 mois d’irrévocabilité, reconduction tacite, information Chatel, droit de suite
Infographie libre de réutilisation sur votre site ou vos réseaux — merci de citer blog.monmandat.fr en source (lien).

La loi fixe-t-elle une durée maximale au mandat exclusif de vente ?

Elle ne le fait pas. Ni la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet, ni le décret n° 72-678 du 20 juillet 1972 qui l’applique ne comportent de durée plafond pour un mandat de vente. Le code civil, qui régit le mandat en général aux articles 1984 et suivants, n’en prévoit pas davantage. La confusion vient d’ailleurs : en matière de gestion locative, les usages et certains contrats types plafonnent effectivement les engagements, et la limite de trente ans du mandat civil est parfois citée à contresens. Pour une vente, il n’existe tout simplement pas de chiffre légal.

Pourquoi, alors, tout le monde dit-il douze mois ? Parce que c’est la durée qui s’est imposée dans les contrats types des réseaux et des éditeurs de logiciels, pour trois raisons pratiques : un an couvre un cycle complet de marché, saisonnalité comprise ; au-delà, la relation se dégrade presque toujours ; et un mandat très long est plus facilement contesté devant un juge comme déséquilibré. L’usage est donc solide, mais il reste un usage. Une agence qui vous propose dix-huit mois d’exclusivité ne commet aucune illégalité — elle vous demande simplement beaucoup, et vous êtes libre de ramener la durée à ce qui vous convient. La durée d’un mandat se négocie exactement comme les honoraires d’agence : elle fait partie du contrat, pas du formulaire.

Un mot sur la formulation à surveiller. Certains contrats mentionnent une durée « de trois mois irrévocables, puis reconductible tacitement dans la limite de douze mois ». Cette rédaction est parfaitement valable, mais elle veut dire que le mandat peut courir un an : la limite de douze mois y est contractuelle, pas légale. D’autres écrivent « durée : douze mois » sans plus de précision, ce qui revient au même engagement avec moins de lisibilité.

Que risque un mandat de vente signé sans durée déterminée ?

La durée figure parmi les mentions obligatoires de tout mandat relevant de la loi Hoguet, au même titre que l’identité des parties, la désignation du bien, le prix, les conditions de rémunération, l’étendue des pouvoirs confiés et le numéro d’inscription au registre des mandats. Un mandat qui ne comporte pas de durée déterminée encourt la nullité relative : le vendeur peut en demander l’annulation, et l’agence perd alors tout droit à commission, y compris si la vente s’est faite grâce à elle.

La sanction paraît sévère ; elle est en réalité la contrepartie du monopole que la loi accorde aux titulaires de la carte professionnelle. Le même raisonnement s’applique au mandat non daté, au mandat non inscrit au registre, ou portant un numéro de registre fantaisiste. Si vous signez un exemplaire vierge de numéro en vous entendant dire qu’il « sera complété au bureau », vous n’avez pas signé un mandat conforme. Le détail de ces exigences de forme est développé dans notre guide de rédaction d’un mandat de vente conforme, écrit pour les professionnels mais parfaitement lisible par un vendeur attentif.

Concrètement, trois vérifications suffisent à la signature : la date est manuscrite ou imprimée et correspond au jour réel ; une durée chiffrée figure noir sur blanc ; un numéro de registre est reporté sur votre exemplaire. Ce sont trois secondes de lecture, et elles valent mieux que six mois de contentieux.

Que signifient les 3 mois irrévocables d’un mandat exclusif ?

C’est l’article 78 du décret du 20 juillet 1972 qui fixe cette règle, et sa formulation mérite d’être comprise précisément, car elle est presque toujours résumée de travers. Le texte prévoit que, lorsqu’un mandat comporte une clause d’exclusivité, une clause pénale, ou une clause par laquelle une commission sera due même si l’opération est conclue sans les soins de l’intermédiaire, cette clause ne produit ses effets que pendant trois mois. Au-delà, le mandat peut être dénoncé à tout moment par l’une ou l’autre des parties, par lettre recommandée avec accusé de réception, moyennant un préavis de quinze jours.

Trois conséquences pratiques en découlent, et elles surprennent souvent.

Première conséquence : les trois mois ne sont pas la durée du mandat. Un mandat exclusif de douze mois reste un contrat de douze mois. Les trois premiers mois sont simplement ceux pendant lesquels vous ne pouvez ni vendre par vous-même sans devoir la commission, ni confier le bien à un confrère, ni sortir du contrat.

Deuxième conséquence : le préavis court à compter de la réception, pas de l’envoi. Comptez le jour de première présentation du recommandé, puis quinze jours pleins. Une lettre postée un vendredi soir vous engage encore trois bonnes semaines.

Troisième conséquence : la faculté est réciproque. L’agence aussi peut dénoncer le mandat après trois mois, dans les mêmes formes. C’est rare, mais cela arrive quand le prix demandé rend la commercialisation sans espoir.

Enfin, ce régime ne concerne que les mandats porteurs de l’une des trois clauses visées. Un mandat simple dépourvu de clause pénale n’entre pas dans le champ de l’article 78 : c’est alors le contrat lui-même qui fixe ses conditions de sortie, et à défaut, le droit commun du mandat, qui permet au mandant de révoquer à tout moment. La procédure complète, lettre type comprise, est détaillée dans notre article sur la résiliation d’un mandat immobilier.

Comment fonctionne la reconduction tacite d’un mandat exclusif après 3 mois ?

La plupart des mandats exclusifs prévoient une période ferme — souvent trois mois — suivie d’une reconduction tacite par périodes équivalentes, dans la limite d’une durée totale contractuelle. Le mécanisme est commode pour tout le monde : il évite de faire resigner un document tous les trimestres à un vendeur déjà lassé.

Il a toutefois un effet secondaire bien connu : la reconduction se produit sans que personne n’y pense. Un vendeur convaincu d’être « libre depuis longtemps » découvre qu’il est encore engagé, et qu’un acquéreur trouvé par ses soins déclenchera malgré tout la commission. C’est exactement pour cette situation que le législateur a étendu aux mandats immobiliers l’obligation d’information de la loi Chatel, détaillée dans la section suivante.

Deux réflexes valent mieux qu’un long contrat. Le premier : notez dans votre agenda, le jour de la signature, la date du terme et la date à laquelle vous devrez décider, soit un mois avant. Le second : demandez à l’agence, par écrit, un point d’étape au terme de chaque période ferme — nombre de contacts, nombre de visites, retours des visiteurs sur le prix. Une reconduction éclairée par des chiffres n’a rien d’un piège ; c’est une reconduction subie qui en est un. Pour savoir à quoi comparer ces chiffres, notre article sur le délai de vente d’une maison ou d’un appartement donne les ordres de grandeur du marché actuel.

Que change la loi Chatel sur la durée d’un mandat exclusif de vente ?

La loi Chatel impose au professionnel d’informer le consommateur de sa faculté de ne pas reconduire le contrat, au plus tôt trois mois et au plus tard un mois avant le terme de la période en cours. L’information doit être écrite, adressée personnellement au vendeur, et suffisamment explicite pour qu’il comprenne qu’il peut sortir.

La sanction est le véritable sujet : si l’agence n’a pas envoyé cette information dans la fenêtre prévue, le vendeur peut mettre fin au mandat reconduit gratuitement, à tout moment, sans préavis ni indemnité. Ce n’est pas une amende théorique, c’est une porte de sortie immédiate — et, dans la pratique, l’omission est fréquente, en particulier dans les petites structures qui n’ont pas automatisé cette relance.

Deux précisions pour ne pas surinterpréter la règle. Elle ne joue que pour les contrats à reconduction tacite : un mandat conclu pour une durée ferme de douze mois sans reconduction n’y est pas soumis, il s’éteint de lui-même à son terme. Et elle protège le vendeur consommateur, c’est-à-dire un particulier agissant hors de son activité professionnelle ; un marchand de biens ne l’invoquera pas. Le texte applicable est consultable sur Légifrance, et l’ANIL publie des fiches pratiques gratuites sur les contrats immobiliers courants.

Si vous constatez l’absence d’information, écrivez-le simplement : une lettre recommandée rappelant la date du terme, l’absence de courrier d’information dans la fenêtre légale, et votre décision de mettre fin au mandat à effet immédiat. Inutile d’argumenter davantage.

Quelle durée d’exclusivité accepter selon son bien et son marché ?

La bonne durée n’est pas la plus courte possible : un mandat de trois mois non renouvelable pousse l’agence à investir le minimum, puisqu’elle sait qu’elle n’aura pas le temps d’amortir un reportage photo sérieux, une vidéo et une campagne de diffusion payante. La bonne durée est celle qui laisse au bien le temps de rencontrer son marché, assortie de contreparties écrites.

Situation Durée raisonnable Contrepartie à exiger
Appartement standard en zone tendue, prix de marché 3 mois fermes, sans reconduction automatique Diffusion sur les portails payants sous 72 h, photos professionnelles
Maison familiale en zone détendue 3 mois fermes + 3 mois reconductibles Compte rendu écrit mensuel, point de prix à la 8ᵉ semaine
Bien atypique, très grande surface, bien rural isolé 6 mois, reconduction encadrée Plan de commercialisation détaillé et budget de diffusion chiffré
Bien classé F ou G, travaux lourds à prévoir 4 à 6 mois Stratégie écrite : vendre en l’état ou après travaux, avec deux scénarios de prix
Vendeur pressé (mutation, achat déjà engagé) 3 mois, avec clause de révision de prix à 6 semaines Engagement de visites groupées dès la première quinzaine

Deux principes gouvernent ce tableau. D’abord, la durée doit être proportionnée au temps de commercialisation réel du bien : demander six mois pour un deux-pièces qui part en trois semaines n’a pas de justification, en demander trois pour un corps de ferme en dépeuplement non plus. Ensuite, toute durée supplémentaire doit s’acheter par un engagement écrit de l’agence. Une exclusivité est une exclusivité : elle mérite mieux qu’une annonce recopiée.

Si la durée demandée vous paraît trop longue et que l’agence ne veut pas la réduire, il existe une position intermédiaire souvent plus confortable que le mandat simple : le mandat semi-exclusif, qui vous laisse vendre par vous-même sans commission — ou avec une commission réduite — tout en réservant l’intermédiation à une seule agence. Notre comparatif des trois formats de mandat de vente détaille ce que chacun coûte et rapporte.

Que doit le vendeur à l’agence après la fin d’un mandat exclusif ?

Le mandat terminé, l’agence n’a plus de droit à commercialiser votre bien, et elle doit cesser toute diffusion. Une seule clause lui survit : la clause de droit de suite, par laquelle une commission reste due si vous vendez, dans un délai fixé au contrat — le plus souvent douze à vingt-quatre mois —, à un acquéreur que l’agence vous avait présenté pendant le mandat.

Cette clause est valable, mais elle est strictement encadrée par la jurisprudence sur un point décisif : la charge de la preuve pèse sur l’agence. C’est à elle d’établir qu’elle a effectivement présenté cet acquéreur, ce qui suppose des éléments datés et nominatifs — bon de visite signé, échanges écrits. Une simple affirmation, ou une liste établie après coup, ne suffit pas.

Le bon réflexe, au terme du mandat, tient en une phrase adressée par écrit à l’agence : demandez-lui la liste nominative des personnes auxquelles elle a fait visiter le bien. Une agence sérieuse la fournit sans difficulté ; c’est même son intérêt, puisque c’est ce document qui activera son droit de suite. Vous saurez alors précisément avec qui vous ne pouvez pas traiter directement, et vous serez libre pour tous les autres.

Reste la question du bien qui n’a pas trouvé preneur. Avant de changer d’agence par principe, examinez ce que les chiffres disent : un bien qui reçoit des visites mais aucune offre a un problème de prix, un bien qui ne reçoit pas de visite a un problème d’annonce ou de diffusion. Notre guide pour choisir un agent immobilier pour vendre propose les questions à poser avant de resigner ailleurs — et elles portent bien plus sur la méthode de commercialisation que sur le taux d’honoraires.

Questions fréquentes

Peut-on sortir d’un mandat exclusif avant la fin des trois mois ?

En principe non : pendant les trois premiers mois, la clause d’exclusivité et la clause pénale produisent tous leurs effets, et c’est précisément ce que le vendeur a accepté en signant. Deux exceptions existent. Si le mandat a été signé ailleurs qu’à l’agence — chez vous, lors d’une visite, sur un salon —, vous disposez de quatorze jours de rétractation, portés à douze mois et quatorze jours si le bordereau de rétractation n’a pas été remis. Et si l’agence ne remplit manifestement pas ses obligations (aucune diffusion, aucune visite, aucun compte rendu), un manquement caractérisé peut justifier une résiliation aux torts de l’agence, à documenter par écrit.

Le mandat exclusif devient-il automatiquement un mandat simple au bout de trois mois ?

Non, et c’est une confusion fréquente. Au terme des trois mois d’irrévocabilité, l’exclusivité reste en vigueur : ce qui change, c’est que vous pouvez désormais y mettre fin à tout moment, par lettre recommandée avec accusé de réception et un préavis de quinze jours. Tant que vous n’avez pas dénoncé le mandat, vous restez tenu de passer par l’agence. La bascule n’a rien d’automatique, elle suppose votre initiative.

Combien de temps l’agence peut-elle réclamer une commission après le terme du mandat ?

Cela dépend de la clause de droit de suite inscrite au contrat, dont la durée usuelle va de douze à vingt-quatre mois. Elle ne joue que pour un acquéreur que l’agence a effectivement présenté pendant le mandat, et c’est à elle d’en rapporter la preuve. Exigez, au terme du mandat, la liste nominative des personnes qui ont visité par son intermédiaire : c’est ce document, et lui seul, qui délimitera la discussion si vous vendez plus tard à l’un d’eux.

Un mandat de vente non daté a-t-il une valeur ?

Il est fragile. La date conditionne le point de départ de la durée, donc l’existence même d’une durée déterminée — et un mandat sans durée déterminée encourt la nullité relative. Le mandat doit par ailleurs être inscrit au registre des mandats du titulaire de la carte professionnelle, dans un ordre chronologique et sans blanc, avec un numéro reporté sur votre exemplaire. Un exemplaire sans date ni numéro de registre est le premier signe d’un mandat mal tenu : demandez-en la régularisation avant toute visite.

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