Depuis le 11 août 2026, un agent immobilier ne peut plus appeler un vendeur particulier dont il a relevé le numéro dans une annonce. Ce n’est pas une lecture prudente du texte : c’est l’effet direct de la loi du 30 juin 2025 et de son décret d’application du 23 juillet 2026, qui ont substitué au régime d’opposition — celui de Bloctel, supprimé — un régime de consentement préalable prouvable. Les scripts de pige qui continuent de circuler dans les groupes professionnels décrivent donc, pour l’essentiel, le mode d’emploi d’une infraction.
La bonne nouvelle est qu’il reste trois bases d’appel parfaitement licites, qu’elles couvrent une bonne part du volume qu’un agent traitait autrefois en pige froide, et qu’elles appellent des scripts très différents les uns des autres. Un appel à un vendeur qui vient de demander une estimation n’a rien à voir avec un appel à un confrère, et encore moins avec un appel déclenché par une recommandation. Les trois scripts qui suivent sont donnés tels qu’ils se prononcent, avec les phrases de cadrage légal qui les rendent défendables en cas de contrôle.
Peut-on encore appeler un vendeur particulier après la loi du 11 août 2026 ?
Oui, mais seulement si l’on dispose d’une base légale, et cette base ne peut plus être l’annonce elle-même. Le décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026, entré en vigueur le 11 août, impose que toute sollicitation téléphonique à visée commerciale adressée à un consommateur repose sur un consentement recueilli avant l’appel. Ce consentement doit être libre, spécifique, éclairé, limité à un an sans reconduction tacite, révocable à tout instant, et l’entreprise doit pouvoir en produire la preuve pendant trois ans. Le texte complet est consultable sur Légifrance.
Trois situations échappent à cette exigence, et ce sont elles qui structurent la prospection téléphonique d’un agent en 2026. La première est la relation contractuelle en cours ou récente : un client sous mandat, un acquéreur suivi, un vendeur dont la vente vient d’être signée. La deuxième est la demande explicite du consommateur : il a rempli un formulaire d’estimation, coché une case de rappel, laissé un message. La troisième est l’appel entre professionnels, qui ne relève pas du régime protecteur du consommateur : un confrère, un notaire, un syndic, un gestionnaire de patrimoine, un administrateur de biens.
Tout le reste — le numéro relevé sur un portail, le panneau « à vendre » photographié dans une rue, le fichier acheté il y a trois ans, la liste récupérée auprès d’un confrère — est hors jeu. Il n’existe aucun montage qui rende licite un appel à froid : ni la brièveté de l’appel, ni la mention d’une « simple information », ni le fait de passer par un centre d’appels externalisé, qui engage au contraire la responsabilité du donneur d’ordre.
Qu’est-ce qui distingue la pige de l’appel de pige, et pourquoi seul le second est interdit ?
La confusion coûte cher parce qu’elle fait renoncer des agents à une pratique qui reste entièrement légale. La pige, au sens strict, est une veille : lire les annonces d’un secteur, relever les biens qui entrent sur le marché, suivre les baisses de prix, repérer les retraits et les remises en ligne. Cette activité ne sollicite personne et ne tombe sous aucune interdiction. Elle produit une information de marché que peu d’agents exploitent réellement, alors qu’elle vaut, à elle seule, un avis de valeur mieux argumenté.
L’appel de pige, lui, est une sollicitation commerciale non demandée, adressée à un particulier qui n’a rien sollicité. C’est l’acte, pas l’information, que le législateur a visé. Autrement dit : rien n’interdit de savoir qu’un appartement de la rue Victor-Hugo est passé de 289 000 à 274 000 € en trois semaines. Ce qui est interdit, c’est de décrocher pour le dire à son propriétaire.
Cette distinction ouvre la seule stratégie de pige viable en 2026 : utiliser la veille pour préparer un contact que quelqu’un d’autre déclenchera — le vendeur lui-même via un formulaire, un confrère, un client commun, un notaire. Nous avons détaillé ce basculement dans notre article sur la fin de la pige téléphonique, qui en donne les canaux de remplacement chiffrés.
Quel script d’appel utiliser quand le vendeur a lui-même demandé une estimation ?
C’est le cas le plus fréquent et le plus confortable : le vendeur a rempli un formulaire, demandé un avis de valeur, ou coché une case de rappel. Le consentement existe, il est horodaté, et il porte un objet précis. Deux règles gouvernent ce script : rappeler vite — le taux de prise de rendez-vous s’effondre au-delà de la première heure — et rappeler l’origine du contact dès la deuxième phrase, parce que c’est ce qui transforme un appel subi en appel attendu.
Script 1 — rappel sur demande d’estimation
« Bonjour Madame Martin, Julien Rey, de l’agence Rey Immobilier, à Bourg-la-Reine. Vous avez demandé une estimation pour votre appartement de la rue des Écoles hier à 21 h 40 — c’est bien vous ? »
« Très bien. Je vous appelle parce que je préfère vous donner un chiffre argumenté plutôt qu’une fourchette automatique. Pour cela, j’ai besoin de trois minutes. Vous avez ce moment, ou je vous rappelle en fin de journée ? »
« Votre appartement, c’est le trois-pièces au deuxième étage, avec balcon ? Depuis quand y habitez-vous ? Et qu’est-ce qui vous amène à vendre aujourd’hui : un projet précis, ou vous testez le marché ? »
« Sur votre rue, trois ventes se sont conclues depuis janvier, entre 6 100 et 6 700 € du mètre carré selon l’étage et l’état. Je peux vous donner une fourchette tout de suite, mais elle sera large. Si vous voulez un vrai chiffre, le plus simple est que je passe voir le bien. Jeudi 18 h ou samedi 10 h ? »
Trois points font la différence dans ce script. L’origine du contact citée avec son horaire dissipe immédiatement le soupçon de démarchage. La demande d’autorisation de poursuivre — « vous avez ce moment ? » — divise par deux les raccrochages. Et l’alternative de créneaux en clôture évite la question ouverte « quand seriez-vous disponible ? », qui se solde presque toujours par un « je vous rappelle ».
Le prix, lui, ne s’annonce pas au téléphone. On donne une fourchette de marché fondée sur des ventes conclues — la base DVF des demandes de valeurs foncières est publique et gratuite — et on réserve le chiffre au rendez-vous. C’est la même règle que celle qui structure le rendez-vous d’estimation lui-même.
Quel script de pige immobilière utiliser pour appeler un confrère ou une agence ?
L’appel entre professionnels échappe au régime du consentement préalable : c’est aujourd’hui le gisement le plus sous-exploité, et de loin. Un agent qui suit sa pige connaît les biens en portefeuille des agences de son secteur, ceux qui stagnent depuis huit semaines, ceux qui ont baissé deux fois. Ce sont autant de motifs d’appel légitimes — non pour prendre le mandat, mais pour proposer un acquéreur ou un partage.
Script 2 — appel à un confrère sur un bien en portefeuille
« Bonjour, Julien Rey, Rey Immobilier à Bourg-la-Reine. Je vous appelle au sujet du trois-pièces de la rue Boileau que vous diffusez depuis début juillet. Il est toujours disponible ? »
« Je vous demande cela parce que j’ai deux acquéreurs financés sur ce budget, dont un qui a déjà vendu. Est-ce que vous travaillez en délégation ? »
« Si oui, je vous propose le cadre habituel : vous gardez le mandat, je vous amène l’acquéreur, on partage les honoraires à 50/50 et on signe une délégation écrite avant la visite. Je vous envoie mon attestation d’assurance et mon numéro de carte dans la foulée. »
Trois précautions rendent cet appel productif plutôt qu’irritant. D’abord, parler d’un acquéreur réel, avec son niveau de financement : un confrère reconnaît en trois secondes un appel de prospection déguisé. Ensuite, proposer le cadre juridique avant qu’on vous le demande — délégation écrite, partage annoncé, pièces envoyées — parce que c’est exactement ce que redoute l’agence en face. Enfin, ne jamais tenter de contourner le confrère pour joindre son mandant : outre l’aspect déloyal, cela ramène l’appel dans le champ de l’interdiction. Le mécanisme complet est décrit dans notre article sur la délégation de mandat.
Quel script d’appel fonctionne sur une recommandation ou un contact existant ?
La recommandation explicite est la troisième base licite, et la plus rentable : le taux de transformation en rendez-vous y est sans commune mesure avec celui de la pige froide d’avant 2026. Encore faut-il qu’elle soit explicite. « Mon voisin vend, appelez-le de ma part » ne suffit pas juridiquement si le voisin n’a rien demandé. Ce qu’il faut obtenir de votre client, c’est qu’il prévienne lui-même la personne, ou qu’il vous mette en relation par écrit.
Script 3 — appel sur mise en relation par un client
« Bonjour Monsieur Delaunay, Julien Rey, de l’agence Rey Immobilier. Claire Vasseur, dont j’ai vendu la maison de la rue des Tilleuls au printemps, m’a dit vous avoir parlé de moi et m’a demandé de vous appeler. Elle vous en a touché un mot ? »
« Parfait. Elle m’a dit que vous réfléchissiez à vendre la maison familiale. Je ne vais pas vous dérouler un argumentaire au téléphone : je vous propose simplement de passer la voir, sans engagement, et de vous dire ce qu’elle vaut aujourd’hui et ce qu’il faudrait faire pour la vendre au meilleur prix. »
« Si vous préférez y réfléchir, c’est très bien aussi. Dans ce cas je vous envoie par mail les trois dernières ventes conclues dans votre rue, et vous me rappelez quand vous voulez. »
La phrase de sortie compte autant que l’accroche. Proposer une porte de sortie honorable — l’envoi des ventes conclues, sans contrepartie — laisse une trace positive et crée, elle, un consentement futur : la personne qui répond « oui, envoyez-moi ça » vous donne une base d’échange que vous pourrez documenter. C’est le mécanisme décrit en détail dans notre article sur le consentement en prospection.
Même logique pour les clients de votre portefeuille : un vendeur dont vous avez signé l’acte il y a deux ans relève de la relation contractuelle passée. L’appel est licite, à condition de porter sur un objet raisonnablement lié — et de ne pas devenir une séquence de relances déguisée.
Peut-on envoyer un SMS ou un e-mail de prospection à un vendeur particulier ?
Non, pas davantage que l’appel, et le point est régulièrement mal compris. Pour un particulier, le SMS et l’e-mail commerciaux relèvent du régime de l’opt-in : ils supposent un consentement préalable, recueilli au moment de la collecte de la donnée, avec une finalité explicite. Le fait que le message soit court, poli, ou qu’il propose « juste une estimation gratuite » ne change rien. La CNIL publie des lignes directrices sans ambiguïté sur ce point.
En revanche, le SMS est parfaitement utilisable dans les trois situations licites décrites plus haut. Il sert alors moins à prospecter qu’à confirmer, et c’est là qu’il est efficace : un SMS envoyé dans les dix minutes qui suivent un appel de qualification fait monter sensiblement le taux de présence au rendez-vous.
Modèle de SMS de confirmation (base licite : demande d’estimation)
« Bonjour Madame Martin, Julien Rey (Rey Immobilier), suite à votre demande d’estimation d’hier soir. C’est noté pour jeudi 18 h au 12 rue des Écoles. J’apporte les trois dernières ventes conclues de votre rue. À jeudi. Pour ne plus recevoir de message : répondez STOP. »
Trois éléments y sont non négociables : l’identification complète de l’émetteur, le rappel de l’origine du contact, et le moyen d’opposition. Un message qui les omet est en défaut quand bien même le consentement existerait par ailleurs. Les autres canaux — boîtage, courrier adressé, porte-à-porte — obéissent à des règles distinctes, que nous avons détaillées dans l’article consacré aux canaux de prospection.
Quelles traces faut-il conserver pour prouver un consentement en cas de contrôle ?
C’est la partie que presque personne n’organise, et c’est pourtant elle qui décide de l’issue d’un contrôle. La charge de la preuve pèse sur le professionnel : en l’absence de trace, le consentement est réputé inexistant, quelle que soit la réalité de ce qui s’est passé. La DGCCRF contrôle sur pièces, et la pièce attendue est précise.
| Élément à conserver | Forme acceptable | Durée |
|---|---|---|
| Origine du consentement | Copie du formulaire, page et libellé de la case cochée | 3 ans |
| Horodatage | Date, heure, adresse IP ou identifiant de session | 3 ans |
| Périmètre | Finalité annoncée et entité destinataire nommée | 3 ans |
| Historique des appels | Journal daté, y compris les tentatives non abouties | 3 ans |
| Retrait | Date et canal de l’opposition, mise en liste d’exclusion | 3 ans |
Deux erreurs reviennent systématiquement. La première consiste à conserver la case cochée sans conserver son libellé : un consentement dont on ne peut plus établir l’objet ne prouve rien. La seconde consiste à ne journaliser que les appels aboutis, alors que le plafond de quatre tentatives par trente jours compte aussi les sonneries dans le vide. Un tableur tenu à jour suffit ; ce qui ne suffit pas, c’est la mémoire.
Que faire des biens détectés en pige quand on ne peut plus appeler leur propriétaire ?
C’est la question que la loi rend inévitable, et la réponse honnête est qu’elle déplace le travail plutôt qu’elle ne le supprime. Un bien détecté en veille garde trois usages parfaitement licites. Il alimente d’abord votre connaissance de marché : les délais réels de votre secteur, les écarts entre prix affiché et prix conclu, les typologies qui se vendent. C’est la matière première d’un avis de valeur défendable, et c’est ce qui vous fera gagner un mandat face à une estimation automatique.
Il alimente ensuite votre rapprochement acquéreurs : un bien en vente chez un confrère est une opportunité de délégation, pas une cible de prospection. Et il alimente enfin vos contenus et vos supports locaux — une lettre de secteur, une page de quartier, un point de marché trimestriel — qui créent, eux, des demandes entrantes assorties d’un consentement propre.
Le renversement à accepter est celui-ci : la valeur d’un agent ne réside plus dans sa capacité à obtenir un numéro avant les autres, mais dans sa capacité à être appelé. Les canaux qui produisent ce type de contact — recommandation, notoriété locale, inter-agence, plateformes de mise en relation où le propriétaire a consenti à être contacté — sont comparés dans notre article sur les mandats sans prospection. Et si vous devez arbitrer entre plusieurs outils de veille, notre méthode de pige reprend les critères de choix.
Questions fréquentes
Quelle amende risque une agence qui appelle un vendeur sans consentement ?
L’amende administrative va jusqu’à 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale, prononcée par la DGCCRF. Le risque le plus coûteux n’est pourtant pas là : un mandat obtenu à la suite d’un appel illicite est contestable, et la commission avec lui. Voir le détail du nouveau régime.
Un vendeur qui publie une annonce avec son numéro a-t-il donné son accord ?
Non. Publier un numéro pour recevoir des appels d’acheteurs ne vaut pas consentement à recevoir des sollicitations commerciales d’agences. Le consentement doit être libre, spécifique, éclairé et prouvable, et il porte sur un objet précis. Un annuaire, un vieux fichier ou un bon de visite ne le remplacent pas davantage.
Combien de fois peut-on rappeler un prospect qui a donné son consentement ?
Quatre tentatives au maximum sur une période de trente jours, appels aboutis ou non. Les appels sont autorisés du lundi au vendredi, hors jours fériés, de 10 h à 13 h et de 14 h à 20 h. Un refus exprimé pendant l’appel ferme définitivement la séquence.
Consulter la pige est-il encore autorisé ?
Oui. La veille sur les annonces reste parfaitement licite : c’est l’appel à froid qui ne l’est plus. Un agent peut continuer à suivre les biens de son secteur, leurs baisses de prix et leurs retraits — et s’en servir pour préparer un contact déclenché autrement. La méthode complète est décrite dans notre article sur la pige.
