Les honoraires d’une agence immobilière sont libres depuis l’ordonnance du 1er décembre 1986. Leur affichage, lui, est strictement encadré — et c’est de cet encadrement que naissent la plupart des suites administratives relevées dans la profession. Un barème n’est donc pas un simple document commercial : c’est un engagement opposable, qui plafonne ce que vous pouvez demander.
Cet article traite la construction, l’affichage et la défense d’un barème. Il ne refait pas la question de savoir qui paie, ni comment lire un prix d’annonce : c’est l’objet de notre article sur les honoraires d’agence à la charge du vendeur, auquel nous renverrons. Et avant de calibrer des tranches, regardez ce que produit une page d’estimation gratuite en ligne sur votre secteur : les bornes d’un barème se posent sur les prix réellement pratiqués autour de vous, pas sur un modèle recopié.
Qu’est-ce qu’un barème d’honoraires d’agence immobilière, et que vaut-il juridiquement ?
C’est un plafond que vous vous imposez, et c’est la lecture qui manque à la plupart des agences.
Le principe de liberté est acquis : aucun texte ne fixe de taux de commission immobilière, et l’ordonnance du 1er décembre 1986 relative à la liberté des prix et de la concurrence a mis fin à tout encadrement tarifaire.
Mais la fiche de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes consacrée aux règles de la profession précise une chose décisive : les tarifs affichés doivent représenter les prix maximums pratiqués, et non des fourchettes. Cette rédaction, issue d’une modification de 2022, permet au professionnel de « moduler ses tarifs lors de la négociation entre les parties, dans la limite du maximum affiché ».
Déroulons la conséquence, parce qu’elle est contre-intuitive et qu’elle inverse une pratique répandue. Afficher un barème bas pour paraître compétitif revient à accorder une remise d’avance à tous vos clients — y compris à ceux qui ne l’auraient jamais demandée, et sans rien obtenir en échange. Vous ne pouvez plus remonter au-dessus. À l’inverse, un barème posé au niveau réellement pratiqué sur les dossiers les plus exigeants vous laisse la marge de concéder, dossier par dossier, contre une contrepartie.
Deux autres caractères du barème méritent d’être rappelés. Il est opposable : un client qui constate un montant supérieur au barème affiché a un argument immédiat, et le dépassement est sanctionné. Et il ne crée aucune créance par lui-même : la même fiche rappelle qu’aucune somme ne peut être exigée avant que l’opération ne soit effectivement conclue.
Comment construire un barème de commission dégressif défendable ?
En partant de la charge de travail réelle, parce que c’est la seule justification qui tient en rendez-vous.
La dégressivité n’est pas une faveur consentie aux biens chers : elle décrit un fait. Vendre un bien à 150 000 € et un bien à 450 000 € demande le même dossier, les mêmes diagnostics, le même nombre de visites à organiser et à peu près le même temps de suivi. Un pourcentage constant ferait donc payer trois fois plus pour un travail comparable. Un barème dégressif est l’expression honnête de cette réalité, et il se défend d’autant mieux qu’on l’explique ainsi.
La méthode qui fonctionne tient en quatre étapes. Un : relevez la distribution réelle des prix sur votre secteur, en consultant les ventes effectivement conclues sur la base publique des demandes de valeurs foncières. C’est elle qui vous dira où placer vos bornes — un barème dont la première tranche s’arrête à 100 000 € est inutile dans un secteur où rien ne se vend sous 180 000 €. Deux : chiffrez votre coût de production d’un mandat, prospection, estimation, diffusion et suivi comprises ; les ordres de grandeur par canal figurent dans notre panorama de la prospection immobilière. Trois : fixez un plancher en euros sous lequel un dossier n’est plus rentable, et faites-en la première ligne du barème. Quatre : posez trois ou quatre tranches, pas davantage.
Deux arbitrages de forme comptent plus qu’il n’y paraît. Le pourcentage par tranche reste lisible et suit la valeur, mais il oblige à préciser si le taux s’applique à la tranche ou à la totalité du prix — une ambiguïté que les vendeurs relèvent. Le forfait par tranche supprime toute discussion sur le taux et se retient mieux, mais il fait apparaître des sauts brutaux aux bornes : un bien à 199 000 € et un bien à 201 000 € peuvent supporter des honoraires très différents, et c’est difficile à justifier. La solution la plus défendable est un forfait plancher, puis un pourcentage dégressif au-delà.
Une erreur à éviter absolument : construire un barème à partir de celui du concurrent d’en face. Vous héritez alors de ses bornes, de sa structure de coûts et de ses contraintes, sans savoir lesquelles.
Où le barème d’une agence immobilière doit-il être affiché ?
Sur trois supports, et le troisième est celui qu’on oublie.
La fiche officielle est précise. Le barème doit être affiché « de façon lisible et visible à l’intérieur des établissements recevant de la clientèle ». Il doit figurer en vitrine, au même format que les annonces qui y sont exposées — ce qui exclut une impression en petits caractères dans un coin. Et en ligne, il doit être accessible en deux clics maximum depuis le site du professionnel, la fiche citant comme exemple un onglet « tarifs » sur la page d’accueil.
C’est sur ce dernier point que la correction est la moins coûteuse et le manquement le plus banal. Un barème relégué dans les mentions légales, dans une page « informations » de troisième niveau, ou dans un document à télécharger, ne satisfait pas la règle des deux clics. Le réglage prend dix minutes et supprime un motif de relevé.
Le relevé des contrôles confirme que ce poste est le plus faible de la profession. La synthèse des contrôles des professionnels de l’immobilier rapporte un taux global d’anomalies de 62,5 % sur 1 006 établissements contrôlés, plus de la moitié des manquements portant sur l’information du consommateur. Parmi les manquements nommés : des barèmes « peu visibles en vitrine et à l’intérieur des établissements ».
Mettons les sanctions, parce qu’elles cadrent l’enjeu. Le non-respect des règles de publicité des prix est puni d’une amende administrative de 3 000 € pour une personne physique et de 15 000 € pour une personne morale. Et la perception d’une somme d’argent en violation des règles applicables à la rémunération est un délit puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. Le premier risque se corrige en un après-midi ; le second ne se corrige pas.
Les honoraires affichés doivent-ils être toutes taxes comprises et présentés comme un maximum ?
Les deux, et ce sont les deux manquements les plus souvent relevés.
Sur la devise, la règle ne souffre aucune exception : les tarifs doivent être « affichés toutes taxes comprises ». La synthèse des contrôles relève pourtant des honoraires affichés « hors taxe plutôt que toutes taxes comprises », et c’est un manquement qui s’explique facilement : le professionnel raisonne en hors taxe parce que c’est ce qu’il encaisse, et il affiche ce qu’il a en tête. Le client, lui, paie le montant toutes taxes comprises, et c’est celui-là qui doit figurer.
L’écart n’est pas symbolique. Sur un bien à 280 000 € avec un taux de 4 %, l’affichage hors taxe donne 11 200 € là où le client paiera 13 440 €. Un vendeur qui découvre la différence au mandat a une raison légitime de se sentir induit en erreur, et la discussion sur les honoraires repart de zéro dans les pires conditions — après la signature du mandat ou, pire, au moment du compromis.
Sur la présentation en maximum, une seule faute revient : un barème qui annonce « de 3 à 6 % selon le bien » est une fourchette, pas un maximum. Il n’est pas conforme, et il est commercialement mauvais puisqu’il invite chaque vendeur à réclamer le bas. La formulation correcte énonce le montant maximum par tranche, et rien d’autre.
Une précision utile pour les réseaux de mandataires : le barème est celui du titulaire de la carte professionnelle, qui est le professionnel au sens de ces règles. Un mandataire ne construit pas son barème, il applique celui de son mandant — et ce qui varie pour lui est sa quote-part, traitée dans notre guide du mandataire immobilier. Il reste néanmoins responsable de ce qu’il affiche sur ses propres supports.
Que doit indiquer une annonce immobilière sur les honoraires et sur qui les paie ?
Deux informations, dans un ordre imposé — et une mention qui expose à une qualification lourde.
L’ordre d’abord. La fiche officielle précise que le prix honoraires inclus doit figurer en premier, et que, lorsque les honoraires sont à la charge de l’acquéreur, « la part TTC des honoraires à la charge de l’acquéreur doit apparaître en pourcentage du prix entendu hors honoraires ». Ce n’est pas un pourcentage du prix total : c’est un pourcentage du prix net vendeur, ce qui donne un chiffre supérieur et surprend souvent ceux qui le calculent à l’envers.
Ensuite, l’annonce doit dire à qui incombe le paiement des honoraires. La synthèse des contrôles relève précisément l’absence de cette information comme un manquement courant, à côté de l’absence des résultats du diagnostic de performance énergétique, « fréquente alors qu’elles sont obligatoires ». Le socle réglementaire de ces mentions est l’arrêté du 10 janvier 2017 relatif à l’information des consommateurs sur les prix des prestations de certains professionnels de l’immobilier.
Voilà maintenant la pratique répandue qui ne tient pas, et elle est qualifiée mot pour mot par l’administration : la mention « frais d’agence inclus » apposée sur une annonce dont les honoraires sont en réalité à la charge du vendeur est « considérée comme une pratique commerciale trompeuse ». Ce n’est pas une négligence d’affichage, c’est un changement de nature juridique. Et la mention est pourtant employée de bonne foi par beaucoup d’agences, qui croient rassurer l’acquéreur en lui disant qu’il n’aura rien à payer en plus.
Pourquoi cela compte au-delà du relevé : la charge des honoraires détermine l’assiette des droits de mutation payés par l’acquéreur. Une annonce fausse sur ce point propage donc une erreur de calcul dans toute la négociation — le mécanisme est détaillé dans notre article sur les honoraires d’agence à la charge du vendeur et dans celui sur le net vendeur.
Quel pourcentage une agence immobilière peut-elle pratiquer en 2026 ?
Celui qu’elle décide, et c’est la seule réponse exacte. Mais la question posée ainsi se trompe de variable.
Nous ne publions pas de taux de référence, ni de moyenne nationale, pour une raison de méthode : aucun organisme public ne mesure les honoraires réellement pratiqués, et les moyennes qui circulent proviennent d’acteurs qui ont un intérêt dans la réponse. Un taux recopié d’un article sert surtout à armer le vendeur qui l’a lu avant vous.
Ce qui se mesure, en revanche, et qui est bien plus utile à votre décision : le coût de production d’un mandat sur votre secteur, et le nombre de ventes que ce secteur produit. Les ordres de grandeur professionnels situent le coût par mandat produit entre une centaine d’euros par la recommandation et deux mille euros par l’achat de contacts, temps valorisé compris — le détail est dans notre panorama de la prospection immobilière. Rapportez ce coût à vos honoraires et vous obtenez votre vraie marge, qui est le seul chiffre sur lequel un barème se construit.
Trois éléments déplacent légitimement le niveau d’un barème, et ils valent mieux qu’une comparaison de taux. Le format de mandat : une exclusivité justifie un engagement de moyens supérieur, et donc un prix différent — c’est l’argument de fond de notre article sur le mandat exclusif de vente. La difficulté du bien : un bien atypique, mal classé énergétiquement ou en indivision demande un travail qui n’a rien de comparable. Et le service effectivement rendu : diffusion payante, photographie professionnelle, home staging, accompagnement jusqu’au notaire ne se financent pas sur un barème calé sur le moins cher du marché.
Un mot sur la question des mandats, puisqu’elle décide de tout le reste : un barème solide ne sert à rien sans volume. Pour les agents qui cherchent à compléter leur flux vendeur, MonMandat est une plateforme de mise en relation entre des propriétaires vendeurs qui ont consenti à être contactés et des agents immobiliers, qui débloquent la demande et rappellent eux-mêmes. Ce modèle n’apporte aucun mandat signé et ne remplace aucun rendez-vous : il avance la conversation, et la négociation des honoraires reste entièrement devant vous.
Comment défendre son barème face à un vendeur qui compare ?
En déplaçant la comparaison, parce qu’une discussion sur deux taux se perd toujours au profit du plus bas.
Le vendeur qui annonce « l’agence d’à côté prend un point de moins » compare deux nombres. Il ne compare ni le délai de vente, ni le nombre de visites qualifiées, ni le prix finalement obtenu — qui sont les trois seules choses qui changent son résultat. Le net vendeur final est un meilleur terrain que le taux : un point d’honoraires économisé sur un bien à 280 000 € représente 2 800 €, qu’une négociation acquéreur mal tenue efface en une seule concession de prix.
Quatre réponses tiennent en rendez-vous, et aucune ne consiste à justifier le taux. Montrer le travail chiffré : le nombre de visites organisées pour une vente, le nombre de demandes à trier pour une visite utile. Comparer les nets vendeurs, barème et prix de vente probable à l’appui, plutôt que les taux. Nommer ce que vous ne faites pas si le prix baisse — c’est la réponse la plus efficace, et nous y venons. Et proposer une contrepartie plutôt qu’un refus.
Cette dernière est la seule concession saine. Un point d’honoraires contre une exclusivité, contre une durée ferme plus longue, contre un prix de mise en vente accepté : vous cédez de la marge et vous obtenez de la probabilité de vendre. Céder un point sans rien demander, à l’inverse, dit au vendeur que votre barème était un prix de façade, et affaiblit tout ce que vous direz ensuite sur le prix de son bien. L’ordre et le déroulé de ce rendez-vous sont détaillés dans notre article sur l’argumentaire de prise de mandat, et le prix se défend avec l’avis de valeur, jamais debout pendant la visite.
Une remarque sur le moment de la conversation : les honoraires se traitent après le plan de commercialisation, jamais avant. Un vendeur qui n’a pas encore entendu ce que vous allez faire n’a aucun élément pour juger un prix, et la discussion se réduit mécaniquement à une comparaison de pourcentages. C’est aussi ce que les vendeurs disent attendre : notre article sur les attentes d’un vendeur envers son agent montre qu’ils jugent le suivi avant le tarif.
Jusqu’où faut-il céder sur ses honoraires, et quand faut-il refuser ?
Trois planchers, et chacun se chiffre avant le rendez-vous — pas pendant.
Le plancher de rentabilité du dossier. Chiffrons sur les ordres de grandeur du métier. Un point de barème cédé sur un bien à 280 000 € représente 2 800 € d’honoraires d’agence, soit environ 1 960 € pour un mandataire à 70 % de rétrocession, avant prélèvements. Mettez en face le coût de production du mandat et le temps du dossier : si la concession passe sous ce coût, vous travaillez à perte et vous financez la vente du bien de quelqu’un d’autre.
Le plancher de cohérence. Un barème qui se négocie systématiquement n’est plus un barème, c’est un prix d’appel — et les vendeurs se parlent. Accorder la même remise à tous revient à avoir baissé son barème sans l’afficher. Si vous cédez à chaque fois, la décision honnête est de baisser le barème affiché et d’assumer le positionnement, pas de maintenir une façade.
Le plancher du mandat sans contrepartie. Un mandat simple, sans durée ferme, sur un bien surévalué, avec des honoraires concédés : les quatre paramètres défavorables se cumulent. Mettons le chiffre du renoncement : ce dossier consommera les dix à douze heures d’appel hebdomadaires et les deux heures trente d’un rendez-vous d’estimation, pour une probabilité de vente faible. Refuser ce mandat libère du temps qui produira davantage ailleurs, et un professionnel qui sait refuser est précisément ce que décrit notre guide pour choisir un agent immobilier pour vendre.
Reste le cas où il faut céder sans hésiter : un bien facile, bien situé, correctement estimé, en exclusivité, sur lequel votre coût de production sera faible. La remise y est un bon investissement, parce que la vente est probable et rapide. La règle générale est donc l’inverse de l’intuition : on concède sur les dossiers faciles, pas sur les difficiles — alors que la pression du vendeur est toujours la plus forte sur les biens qui se vendront mal. Savoir où se situe un dossier suppose d’avoir travaillé son secteur, ce qui ramène à la méthode de pige et au choix du format de mandat : un barème ne se défend jamais mieux que par la connaissance du marché de celui qui l’applique.
Questions fréquentes
Une agence immobilière peut-elle appliquer des honoraires différents selon le client ?
Elle peut appliquer un montant inférieur au barème affiché, jamais supérieur. Depuis que le barème est présenté comme un prix maximum, la modulation à la baisse lors de la négociation est expressément admise. Ce qui est interdit est de dépasser le maximum affiché, et ce qui est risqué est de ne pouvoir expliquer l’écart entre deux dossiers comparables.
Le barème d’honoraires doit-il figurer sur le site internet de l’agence ?
Oui, et il doit être accessible en deux clics au plus depuis la page d’accueil — un onglet « tarifs » visible remplit cette condition. C’est l’un des manquements les plus simples à corriger et l’un des plus fréquemment relevés, parce que beaucoup de sites enterrent le barème dans les mentions légales ou dans un document à télécharger.
Un vendeur peut-il refuser de payer la commission si la vente se fait sans l’agence ?
La question se règle au mandat, et surtout sur la clause de droit de suite. Aucune somme n’est exigible avant que l’opération ne soit effectivement conclue : un mandat qui n’aboutit pas ne donne droit à rien. En revanche, un acquéreur présenté par l’agence et qui achète ensuite en direct relève du droit de suite, dont la durée et les conditions se lisent dans le mandat. Voir notre comparaison du mandat exclusif, simple ou semi-exclusif.
Faut-il afficher les honoraires en pourcentage ou en montant forfaitaire ?
Les deux formules sont possibles, et le choix a des conséquences commerciales. Un pourcentage dégressif suit la valeur du bien et se défend par la charge de travail ; un forfait par tranche est plus lisible et évite la discussion sur le taux, mais il fait apparaître des sauts aux bornes de tranches. Dans les deux cas, le montant affiché doit être toutes taxes comprises et constituer un maximum.
