La question que se posent la plupart des conseillers est : « à partir de quand puis-je intervenir dans un divorce ? » Elle est mal posée. Dans un divorce par consentement mutuel, la fiche officielle de la procédure de partage des biens est catégorique : « Les époux doivent obligatoirement s’entendre à l’amiable sur la liquidation et le partage des biens », et « La liquidation doit être effectuée pendant le divorce par consentement mutuel ». Autrement dit, tant que le logement n’est pas chiffré et que son sort n’est pas arrêté, il n’y a pas de convention à signer, donc pas de divorce amiable possible.
Le renversement est complet par rapport à une succession. Là, nous l’avons écrit dans notre article sur la prospection des successions, l’agent arrive forcément après le notaire, parce qu’un bien immobilier rend le notaire obligatoire. Ici, l’avis de valeur est un préalable de la procédure elle-même. Un conseiller qui attend le jugement arrive après la décision qui comptait. Encore faut-il savoir qui peut signer, ce que le juge peut encore ordonner, et combien l’opération coûte aux deux époux — points sur lesquels l’intuition se trompe presque toujours. Si vous voulez d’abord poser un ordre de grandeur, notre estimation en ligne donne une fourchette que le rendez-vous viendra ensuite affiner.
Pourquoi l’accord sur le logement conditionne-t-il un divorce par consentement mutuel ?
La procédure amiable se déroule désormais sans juge. Chaque époux choisit son avocat, les deux avocats rédigent la convention avec eux, un délai de réflexion de quinze jours court, la convention est signée puis déposée chez un notaire. Le dépôt coûte 41,20 € hors taxes, soit 49,44 € toutes taxes comprises, selon la fiche officielle du divorce par consentement mutuel. Aucun magistrat n’intervient, et c’est ce qui déplace le centre de gravité du dossier : il n’y a plus personne pour trancher ce que les époux n’ont pas réglé.
Or la convention doit contenir la liquidation du régime matrimonial. Quand un bien immobilier figure au patrimoine commun ou indivis, un notaire doit établir l’acte de partage, et cet acte est annexé à la convention. Il n’est donc pas possible de divorcer à l’amiable en remettant le logement à plus tard, sauf à choisir expressément de rester en indivision par une convention d’indivision — ce que la fiche officielle présente comme une alternative, pas comme un report.
Pour l’agent immobilier, la conséquence est opérationnelle. Le document que les deux époux ont besoin d’avoir en main avant de signer quoi que ce soit, c’est une valeur du bien qu’ils acceptent tous les deux. Un avis de valeur argumenté, remis aux deux époux en même temps et non à l’un contre l’autre, est à ce moment-là la pièce la plus utile du dossier. C’est aussi la seule prestation que vous pouvez rendre sans mandat : rappelons que le mandat « doit être détenu préalablement à tout acte d’entremise ou de négociation », et que l’estimation, elle, ne vous donne droit à rien — nous l’avons détaillé dans notre article sur l’estimation gratuite comme méthode de prospection.
Qui doit signer le mandat de vente quand un couple divorce ?
La réponse dépend du régime matrimonial et de la qualité du bien, pas du stade de la procédure. Sous le régime légal, la fiche sur le partage des biens des époux énonce que « Lors d’un divorce, chaque époux reprend ses biens propres », et les biens communs se partagent ensuite à parts égales. Sous séparation de biens, « Les époux restent propriétaires de leurs biens personnels », et les biens achetés ensemble sont indivis. Sous communauté universelle, « Les biens communs sont partagés à part égale, sauf si le contrat de mariage prévoit un partage différent ».
Trois configurations se présentent donc, et une seule permet une signature unique. Un bien commun exige les deux signatures. Un bien indivis exige l’accord de tous les indivisaires : « Pour vendre un bien en indivision, l’accord de tous les co-indivisaires est nécessaire », rappelle l’ANIL, qui précise aussi que « Par défaut, chaque acheteur possède une part égale du bien » quand l’acte notarié ne dit rien d’autre. Un bien propre, enfin, se vend en principe seul.
Nous ne reprenons pas ici le détail de la qualité du signataire, traité de bout en bout dans notre article sur qui doit signer un mandat de vente, qui porte notamment la protection du logement familial et le régime de la nullité relative. Retenez le réflexe : sur un dossier de divorce, le titre de propriété et le contrat de mariage se demandent avant le rendez-vous, et non pendant. Un mandat signé par un seul époux sur un bien commun n’est pas un mandat fragile, c’est un mandat annulable — et c’est l’agent qui perd ses honoraires, pas le vendeur.
À quel moment de la procédure un agent immobilier peut-il prendre un mandat ?
En divorce judiciaire, la règle est plus souple qu’on ne le croit : « Les époux peuvent liquider leur régime matrimonial et partager leurs biens à tout moment ». Ils peuvent le faire avant le jugement, et le partage est alors constaté dans la décision ; ils peuvent aussi le faire après. Rien n’interdit donc de vendre pendant la procédure, à condition que les deux signatures soient réunies.
Le calendrier judiciaire, lui, impose ses propres délais. L’avocat est obligatoire pour toute la procédure. La saisine se fait par assignation en cas de litige, ou par requête conjointe quand les époux sont d’accord sur le principe du divorce, avec un timbre fiscal de 50 € sauf aide juridictionnelle. L’époux assigné « doit obligatoirement prendre un avocat dans un délai de 15 jours » pour participer. Vient ensuite une audience d’orientation, puis selon les cas une mise en état, une procédure participative ou des plaidoiries directes. Le délai d’appel est d’un mois à compter de la signification de la décision.
Ces dates sont utiles parce qu’elles vous disent quand la question du logement redevient brûlante. L’audience d’orientation et la constitution d’avocat sont deux moments où chaque époux doit chiffrer ses prétentions. C’est là que l’absence de valeur partagée coûte le plus cher aux deux, et c’est là qu’un professionnel neutre a une utilité évidente. Le reste du temps, un dossier de divorce avance sans qu’on ait besoin de vous.
Que peut ordonner le juge aux affaires familiales sur le logement pendant le divorce ?
Pendant la procédure, le juge peut prendre des mesures provisoires. La fiche officielle du divorce judiciaire en nomme deux qui touchent directement un dossier de vente : l’« Attribution du logement de la famille et du mobilier du ménage », et la « Désignation d’un expert pour la liquidation de leur patrimoine et de leurs finances ». Les époux peuvent aussi « renoncer à la mise en place de mesures provisoires », et en demander plus tard.
Deux enseignements, dont un négatif. Le premier : l’attribution provisoire du logement à l’un des époux ne change rien à la propriété, mais elle change tout à la possibilité de faire visiter. Le second est un silence qu’il faut publier tel quel. Aucune des fiches publiques que nous avons consultées ne nomme, à cet endroit, le notaire, le professionnel qualifié ou l’agent immobilier : elles parlent d’un « expert » pour la liquidation du patrimoine. Nous n’en déduisons donc pas qu’un agent immobilier puisse être désigné par le juge dans ce cadre. L’agent entre dans un dossier de divorce par le mandat que les deux époux lui donnent, pas par une décision de justice.
Il existe en revanche un pouvoir du juge dont l’effet sur une vente est redoutable, et que le titre de propriété ne laisse pas deviner : le juge aux affaires familiales « peut accorder un bail sur ce bien à l’époux qui n’en est pas propriétaire ». Un bien propre, dont le titulaire a l’administration et la libre disposition, peut ainsi se trouver occupé en vertu d’un bail judiciaire. Avant d’annoncer un délai de commercialisation, posez la question : une décision est-elle intervenue sur le logement ?
Combien coûte un partage de biens immobiliers après un divorce ?
Le partage est soumis à un droit d’enregistrement, ou à la taxe de publicité foncière, au taux de 1,10 %, avec un minimum de 25 €. Il porte sur les biens mobiliers comme immobiliers. S’y ajoutent les honoraires des avocats et les émoluments du notaire, qui sont réglementés et assis sur la valeur des biens partagés.
Mettre ces chiffres côte à côte éclaire une conversation que vous aurez à tenir. Le divorce amiable lui-même coûte 49,44 € de dépôt ; une assignation coûte 50 € de timbre ; le partage d’un patrimoine de 400 000 € coûte 4 400 € de droits, sans compter les frais professionnels. Ce n’est pas le divorce qui est cher, c’est le partage. Et c’est précisément ce qui explique qu’un couple hésite entre partager — l’un rachète la part de l’autre — et vendre à un tiers, les deux opérations n’ayant ni le même coût, ni le même payeur, ni le même délai. Notre article sur les frais de notaire pour le vendeur donne le détail de ce qui reste à la charge de chacun après une vente classique.
Un retrait à publier ici, parce qu’il vaut mieux qu’une approximation : aucune des sources publiques que nous avons consultées ne donne de délai moyen de vente d’un bien dans un contexte de divorce, ni de décote attachée à l’urgence d’une séparation. Les pourcentages qui circulent viennent d’acteurs dont le métier est d’acheter vite. Nous n’en reprenons aucun.
Que se passe-t-il quand un époux refuse de vendre le logement ?
Il faut distinguer deux refus. Le refus de partager se règle devant le juge : les époux doivent d’abord tenter de s’entendre, et à défaut l’un d’eux saisit le juge aux affaires familiales. À la première audience, celui-ci peut désigner un notaire pour établir un projet de liquidation. Un époux peut demander l’attribution préférentielle d’un bien, c’est-à-dire se le voir attribuer. Si le désaccord persiste, le juge peut ordonner le partage, désigner un notaire, ou ordonner une vente aux enchères — la licitation. Après le divorce, le notaire dispose d’un an, renouvelable une fois, pour dresser l’état liquidatif, et si le litige subsiste « c’est le Jaf qui tranche définitivement ».
Le refus de vendre à un tiers, lui, n’a pas de solution rapide. En indivision, un indivisaire qui veut sortir peut céder sa quote-part librement, mais les autres bénéficient d’un droit de préemption et peuvent la racheter en priorité. Le détail des trois voies de sortie figure dans notre article sur la sortie d’indivision, y compris le partage judiciaire et ses délais.
Et voici le chiffre qui doit calmer toute promesse : « La loi ne prévoit pas de délai pour liquider et partager les biens ». Un bien peut rester indivis des années après le prononcé du divorce. Un dossier bloqué n’est pas un dossier lent, c’est un dossier sans échéance — et aucune relance commerciale ne crée une échéance que la loi n’a pas prévue.
Comment un agent immobilier peut-il approcher un couple en divorce sans enfreindre la loi ?
Le cadre est celui de toute prospection immobilière, sans régime de faveur : le divorce ne crée aucune exception. Depuis le 11 août 2026, l’appel d’un propriétaire qui n’a pas consenti est interdit : notre article sur la loi sur le démarchage téléphonique en donne les contours, et nous ne les redéveloppons pas ici. Le régime du courrier postal et celui des données personnelles sont traités dans notre article sur la prospection des successions, qui porte les positions de la CNIL applicables au canal postal : elles valent à l’identique ici, et il n’y a aucune raison de les recopier.
Reste la question du canal réellement praticable, et elle se répond par l’absence de source. Aucune des fiches publiques consultées ne décrit de partenariat entre avocats et agents immobiliers, ni ne fixe de cadre à l’apport d’affaires par un professionnel du droit. Nous ne publions donc ni modèle de convention, ni usage présenté comme admis. Ce que les textes disent, en revanche, est que l’avocat est obligatoire et que chaque époux a le sien : le dossier compte donc au moins deux conseils, et toute démarche qui s’adresse à un seul époux sera lue par l’autre comme une prise de parti.
La seule approche qui tient est donc celle de la neutralité documentée : une valeur argumentée, remise aux deux, assortie des pièces qui l’étayent. C’est exactement ce que décrit notre article sur la fiche de renseignements vendeur, et c’est aussi ce qui vous protège : un dossier de divorce finit souvent devant un juge, et vos écrits y seront lus.
Quand un agent immobilier doit-il refuser un mandat lié à un divorce ?
Trois situations commandent le refus, et aucune ne se négocie. La première : un seul époux présent, un bien commun ou indivis, et une signature proposée « en attendant que l’autre passe ». Ce mandat est annulable, et la rémunération qui en dépend n’existera jamais. Mieux vaut renoncer à 9 000 € d’honoraires potentiels que les perdre deux ans plus tard, après avoir engagé des visites et des diffusions.
La deuxième : un bien dont vous savez qu’une décision judiciaire règle l’occupation, sans savoir laquelle. Un bail accordé par le juge à l’époux non propriétaire ne se découvre pas au moment de la visite. La troisième : un dossier où l’un des époux est sous protection des majeurs. La voie amiable est alors fermée, et l’autorisation du juge est un préalable à la vente, pas une formalité de fin de parcours — notre article sur le mandat de vente d’un majeur protégé en donne la mécanique.
Le renoncement se chiffre, ici, en impossibilité plutôt qu’en euros. Vous ne renoncez pas à un honoraire plus faible : vous renoncez à un honoraire qui ne pourra pas être dû, parce que la vente ne pourra pas être régulièrement conclue. C’est, dans un dossier de divorce, le seul calcul qui vaille. Et c’est la raison pour laquelle le temps gagné se trouve en amont : une demande de titre de propriété et de contrat de mariage, formulée avant le rendez-vous, vous dit en dix minutes si le mandat existe.
Questions fréquentes
Le divorce par consentement mutuel passe-t-il encore devant un juge ?
Non, dans sa forme courante. Chaque époux prend son propre avocat, les avocats rédigent la convention avec eux, un délai de réflexion de quinze jours s’écoule, la convention est signée puis déposée chez un notaire — sans passer devant un juge. Il subsiste un divorce par consentement mutuel judiciaire, où le juge aux affaires familiales doit homologuer la convention et peut la refuser. Et la voie amiable est fermée si l’un des époux est sous protection des majeurs : voir notre article sur le mandat de vente d’un majeur protégé.
Combien coûte le dépôt d’une convention de divorce chez le notaire ?
Le dépôt lui-même coûte 41,20 € hors taxes, soit 49,44 € toutes taxes comprises, selon la fiche officielle du divorce par consentement mutuel. Ce tarif ne comprend ni les honoraires des deux avocats, ni l’acte de partage si un bien immobilier est concerné, ni les droits dus sur ce partage. Sauf stipulation contraire de la convention, les frais du divorce sont partagés par moitié entre les époux.
Le juge peut-il accorder un bail au conjoint qui n’est pas propriétaire du logement ?
Oui. La fiche officielle sur le partage des biens des époux indique que le juge aux affaires familiales « peut accorder un bail sur ce bien à l’époux qui n’en est pas propriétaire ». C’est le point que l’examen du titre de propriété ne révèle jamais : un bien propre, que son titulaire pourrait en principe vendre seul, peut se trouver grevé d’un droit d’occupation décidé par le juge. Avant de promettre un délai de vente, demandez si une décision est intervenue sur le logement.
Un indivisaire peut-il vendre seul sa quote-part sur le logement ?
Vendre le bien entier exige l’accord de tous les indivisaires. Vendre sa seule quote-part est en revanche possible librement, mais les autres indivisaires disposent d’un droit de préemption qui leur permet de la racheter en priorité, comme le rappelle l’ANIL. En pratique, une cession de quote-part se termine donc presque toujours par un rachat entre ex-époux, et non par l’entrée d’un tiers dans l’indivision.
